La société traditionnelle malgache et les interdits « fady »

-La société traditionnelle est basée sur la sagesse des ancêtres et les « fady » càd les interdits qui viennent de ces ancêtres.
Ainsi la malédiction et son effet durent toujours et devraient durer éternellement jusqu’aux plus lointains descendants.
-Les « fady » interdits sont aussi un indice de parenté, aussi chacun subit-il de multiples « fady » : ceux de son père, de sa mère, du village, des charmes collectifs et individuels. En s’y initiant, en apprenant à les respecter, l’enfant devient maître de lui-même.
Jadis la maîtrise de soi, les Malgaches l’obtenaient par le respect des interdits. Et les descendants d’un même ancêtre se reconnaissent par le même nom familial, la même marque aux oreilles de leurs bœufs et les mêmes interdits.
-Le patriarche, l’homme le plus âgé de la génération la plus ancienne, est l’intermédiaire entre les vivants, leurs ancêtres et les grands dieux patriarcaux. « Dépositaire du matériel du culte, prêtre de la grande famille, maître du tombeau, conteur transmettant la tradition, frère aîné ou père, son rôle religieux explique son autorité.
-Comment, alors, s’opposer à celui qui, seul, prie pour l’ensemble familial, les ancêtres et les dieux sans lesquels les vivants ne vivraient pas »
Par ailleurs, face aux famines et épidémies qui ravagaient Madagascar, « la vie paraît difficile à maintenir ». On prie les dieux par l’intermédiaire du patriarche.Les ancêtres évoqués apparaissent parfois en rêve pour rassurer, mais souvent, ils se taisent et on ignore s’ils y répondront.
-Néanmoins, d’autres puissances surhumaines répondent aux hommes. « Ce sont les esprits de la nature vivante. Chacun les prie à son gré, point n’est besoin de l’intermédiaire du patriarche ou de quiconque. » Quand on sait qu’ils hantent tel lieu, on y va, on les invoque, leur offre un don modeste, quelques brins d’herbe, une pierre, un fruit. Exaucé, on apportera un don plus important : un poulet, vivant.
-Les esprits de la nature vivante révèlent leur volonté aux vivants. Ils hantent, ils aiment surtout les femmes et rendent malade celui qui ne les respecte pas mais à qui ils pardonnent s’il le demande. « Si ces esprits de la nature vivante ne veillent pas sur les hommes, comment ceux-ci survivent-ils » Ainsi, tandis que les grands dieux sont ceux de la famille patriarcale et donnent au patriarche la puissance, les esprits défendent les femmes et le droit des femmes.
« Même si la société ancienne n’est pas formée de deux groupes opposés, celui des hommes et celui des femmes, ils sont complémentaires dans l’idéal comme dans la vie matérielle car comment vivait un homme sans femme pour assurer sa descendance » Familles paternelle et maternelle s’opposent parfois, mais elles sont liées par l’amour des enfants pour leur mère, elles forment un tout.
L’importance du roi est moindre car son royaume est un bloc de familles alors que les liens familiaux dépassent les liens tribaux. Le roi est avant tout celui qui assure la justice entre les grandes familles. Il tient ce pouvoir d’un élément d’aspect religieux : il est le maître de l’or. Seul, il peut entrer en contact, garder ce métal à la puissance « sui-generis ».
Mis dans l’eau, l’or rend cette puissance mortelle à celui qui rompt sa promesse, à celui qui viole son serment. Boire « l’eau de l’or » est une ordalie. L’or, mis dans le sang du bœuf sacrifié pour un serment de fraternité, le rend irrévocable. Qui le viole est tué par la puissance sacrée de l’or.
-Le roi représente aussi la virilité de la tribu. Quand il meurt, sa famille, ses sujets, tous sacrifient leurs taureaux. En effet, le roi est, pour la tribu, un gage de vie. Dans le Sud ou l’Ouest, le roi combatait en tête de ses guerriers. Sa mort voire une simple blessure révèle qu’il a engagé une bataille contre la justice des dieux, car, avant un combat, il évoque les puissances surhumaines. Les reliques dans l’Ouest comme son tombeau sur les Plateaux continuent à veiller sur sa tribu, sur les descendances de ses sujets.

Légendes,mythes malagasy

Le monde, son ordonnancement

A l’origine, le Ciel et la terre ne faisaient qu’un.

Zanahary -Andriananahary(le créateur) vivait en compagnie de l’homme et des animaux.

A cette époque, tous pouvaient s’entretenir familièrement avec le Créateur, des conditions de leur existence et lui demander d’y apporter les améliorations nécessaires. Mais un jour,

Zanahary – Andriananahary, fatigué sans doute de cette promiscuité gênante, dit aux animaux réunis :

« Voulez-vous que je continue à rester parmi vous ou préférez-vous être libres de faire tout ce que vous voudrez hors de ma présence ? » Tous lui répondirent spontanément qu’il pouvait s’en aller et qu’ils étaient capables de se tirer d’affaire sans lui, s’ils avaient à leur disposition tout ce qu’il fallait pour vivre.

Zanahary-Andriananahary acquiesça à leur désir et sépara le ciel de la Terre. Le Ciel s’éleva aussitôt dans l’espace, emportant le Créateur.

Lorsqu’il fut à une certaine hauteur, Andriananahary dit aux animaux restés sur la Terre de se grouper dans une immense plaine. Ceux-ci obéirent. Il leur ordonna alors de creuser un nombre considérable de trous, à distance égale les uns des autres, sur deux rangées parallèles.

Dans chacun des trous de la première ligne, il fit placer des aliments différents :du fourrage, des grains, de la viande, du poisson, des fruits, des feuilles, des tubercules, etc., en un mot, des vivres de toute sorte.

Dans les trous de deuxième rangée, il fit disposer tout ce qu’il faut pour se couvrir et se vêtir : dans un, il y avait des poils, dans l’autre des plumes, dans le troisième de la laine, dans le quatrième des lamba(pagnes) et ainsi de suite.

Quand ce fut fait, le Créateur ordonna à chaque animal de choisir ce qu’il préférait comme nourriture et comme vêtement. Les bêtes défilèrent à tour de rôle.

-le bœuf prit le fourrage et le poil ;

-l’oiseau, le grain et la plume ;

-le mouton, l’herbe et la laine ;

-la tortue, la raketa (cactus) ; etc.

Chacun choisit suivant son goût et ses besoins…….

Quand ce fut le tour de l’homme, il ne restait plus que des céréales et du poisson ; il accepta avec satisfaction ce qui lui échut comme nourriture, mais demanda instantanément le lamba(pagne) pour vêtement.

Dieu lui accorda cette faveur.

Lorsque chacun des animaux fut en possession de ce qui lui était indispensable pour vivre et être à l’abri des intempéries, Andriananahary leur tint ce discours : « maintenant que

vous avez obtenu tout ce que vous voulez, je vais vous quitter et m’éloigner pour toujours ; vous ne me reverrez plus et ne pourrez plus me parler des exigences de votre vie matérielle, ni me demander des modifications à votre genre d’existence, puisque chacun de vous a fait son choix, je ne puis rien changer ».

Voici ma décision à votre égard : « vous resterez toujours tels que vous êtes aujourd’hui; vos descendants seront semblables à vous : ils auront une nourriture identique et des vêtements pareils aux vôtres.

En ce qui concerne l’homme, comme il est plus intelligent et plus fort que les autres animaux, il sera votre maître et jouira de la faculté de parler ; toutes les bêtes lui seront soumises et il pourra en disposer à son gré.

Je lui donne même le droit de tuer quiconque tenterait de lui désobéir. De plus, pour le distinguer de vous, il ne portera pas, comme les autres animaux, de vêtements tout faits, il emploiera son adresse à se confectionner des habits variés et de couleurs

différentes et à améliorer son alimentation.

Après ces paroles, le Ciel s’éleva très haut dans les airs et Andriananahary disparut à leurs yeux.

Chacun partit de son côté, pour tâcher de gagner sa vie selon ses préférences et ses dispositions naturelles.

Depuis Andriananahary ne s’occupe jamais plus de ce que disait ou faisait l’homme et les bêtes, et personne ne l’a revu. Les animaux seraient d’ailleurs malvenus de se plaindre des conditions rigoureuses de leur existence, puisqu’ils ont choisi librement

leur genre de vie.L’homme lui-même n’a rien à dire, ayant reçu le titre de roi des animaux et le don de la parole…..

 

Ranoro, la Fille de l’Eau-Sirène sirèna gasy

Angano, angano, arira, arira, izaho manoratra ianareo mamaky…

Il y a des siècles, au temps des Vazimba, qui furent les ancêtres des malgaches,

il existait, dit-on, des Zazavavindrano ou des Filles de l’Eau,càd les Sirènes.

Or un jour, Andriambodilova, tandis qu’il se reposait au bord de la rivière Mamba, aperçut au milieu de la rivière une merveilleuse jeune fille assise sur un rocher.

Il resta muet d’admiration devant tant de beauté. Ses cheveux étaient si longs qu’ils trempaient dans l’eau et ses yeux si grands, qu’ils semblaient refléter tout le paysage.

Elle rêvait, le regard perdu vers Analamanga, « la forêt Bleue », la colline centrale d’Antananarivo.

Andriambodilova contemplait la ravissante créature sans oser bouger ni parler. Mais voulant tout de même lui exprimer son admiration, il se mit à chanter. Il avait une jolie voix très douce et le chant monta vers le ciel bleu où passait, lentement, un vol de Vorompotsy (héron blanc).

La belle aux longs cheveux, après avoir écouté pendant quelques instants, plongea et le jeune homme, déçu, resta longtemps les yeux fixés sur le rocher, en l’appelant en vain.

Pendant plusieurs jours, Andriambodilova revint à la même place et à la même heure.

L’Ondine était là, comme fidèle au rendez-vous, mais dès qu’il l’appelait, elle disparaissait.

Il décida alors d’user d’un stratagème et un matin, nageant sans bruit entre deux eaux,

il s’approcha de la roche où semblait dormir l’Ondine et saisit une de ses longues mèches qui flottaient sur l’eau comme de souples algues.

Elle ouvrit de grands yeux étonnés et voulut plonger, mais le jeune Vazimba n’avait pas lâché prise et elle ne put bouger. Il monta alors sur la roche, à côté d’elle.

– Je ne m’enfuirai pas, dit-elle et sa voix était aussi douce que son regard.

Ne tire plus sur mes cheveux, tu me fais mal. Que me veux-tu?

– Dis-moi quel est ton nom? Je ne peux plus vivre sans toi. Veux-tu être ma femme?

Je m’appelle Ranoro, fille d’Andriantsira (le seigneur du sel); j’habite le fond de la rivière avec le peuple des Ondes, dans les Grandes Cavernes où l’eau ne pénètre pas. C’est le plus beau pays du monde, mais moi aussi je t’aime et je veux bien rester sur la terre.

Si j’ai plongé plusieurs fois, ce n’était que pour t’éprouver, car lorsque l’amour n’est pas partagé, il est comme un fleuve tari. Emmène-moi dans ta case, je serai ta femme, mais à une condition, c’est que tu ne prononces jamais devant moi le mot « sel ».

Andriambodilova promit et, tout à son bonheur, il emmena sa fiancée dans la belle case qu’il possédait, un peu à l’écart du village. Et tandis qu’elle marchait, Ranoro releva ses cheveux pour qu’ils ne traînent pas dans la poussière.

Les années passèrent et ils étaient heureux, ils eurent beaucoup d’enfants.

Un matin, Andriambodilova décida de s’absenter toute la matinée pour retourner son champ.

Avant de partir, il recommanda à Ranoro d’attacher le veau car il désirait le sevrer et traire la vache à son retour.

Mais Ranoro, qui était très étourdie, se trompa et attacha le veau par la queue, puis rentra dans la maison. Cela n’était pas du goût du jeune animal et il se débattit si bien qu’il se détacha. Après quoi, il n’eut rien de plus pressé que d’aller rejoindre sa mère et de boire tout le lait.

Lorsque Andriambodilova revint des champs, il aperçut de loin le veau qui gambadait autour de la vache. Il se mit dans une grande colère et la colère, chacun le sait, est une bien mauvaise conseillère.

– Tu n’es bonne à rien ! cria-t-il. Tu ne seras toujours qu’une Fille du Sel.

A peine eut-elle entendu le mot fatal que, même sans prendre le temps d’embrasser ses enfants, Ranoro courut vers la rivière et plongea.

Andriambodilova cria :

– Mais taisez-vous donc, Enfants-du-Sel.

Ce n’est certes pas cela qui arrangea la situation car Ranoro ne revint plus jamais sur la terre.

On raconte cependant qu’elle se montrait en songe à son mari et à ses enfants pour les conseiller.

Elle se montrait aussi aux gens du pays et leur aurait dit :

– Si vous vous souvenez de mes bien faits, je continuerai à vous protéger et si vous venez

à la Maison de pierre où je me suis réfugiée, je vous aiderai….